« Svalbard » Le coffre-fort de l'apocalypse.

Trois millions de semences stockées dans un bunker « anti-cataclysme ». La Norvège porte le projet avec les géants de l'agro-business.Leur but : préserver la biodiversité en cas de catastrophe climatique.

Une île, la neige, une montagne. De celle-ci jaillit une tour de béton armé: l'entrée du bunker. Portes à l'épreuve des explosifs, détecteurs de mouvements et murs d'un mètre d'épaisseur en béton armé renforcé de métal indiquent la valeur du trésor: des millions de variétés de semences vivrières provenant du monde entier.

La Norvège a pris en charge les coûts de construction. Le Global Crop Diversity Trust, pour sa part, finance le fonctionnement de la chambre forte et coordonne l'acheminement des échantillons de graines du monde entier.

Le « trust »... c'est qui?

Le Global Crop Diversity Trust a été fondé par le CGIAR (groupe consultatif pour la recherche agricole). Une organisation internationale qui coordonne des programmes de recherche agricole pour combattre la faim dans le monde. Parmi ses membres: des gouvernements, des ONG et des fondations comme Monsanto, Rockefeller ou Bill Gates. En deux mots: les géants de l'agro-alimentaire, propriétaires des brevets OGM et leaders de la semence transgénique.

« La diversité des plantes doit être préservée pour l'avenir »

C'est ce qu'affirme le communiqué de presse officiel. Ce n’est pas un secret, l'agriculture va mal: exploitation massive des terres, appauvrissement des sols, pollution des nappes phréatiques... Pourtant, de nombreuses organisations précitées y ont leur part de responsabilités. Le CGIAR, la Fondation Rockefeller, Monsanto... sont à l'origine des bouleversements sociaux, économiques, politiques et écologiques qu'implique leur volonté de contrôler l'agriculture mondiale et d'y installer leur idéal de pureté génétique.

« Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez le pays; si vous contrôlez l'alimentation, vous contrôlez la population »*

Cette phrase pourrait résumer à elle seule les motivations de l'agro-alimentaire à participer au projet « Svalbard ». La « banque de semences en cas d'apocalypse » ne contient que des graines de cultures vivrières. Quoi de plus normal de voir la Rockefeller se soucier de son fonds de commerce? En cas de catastrophe climatique, elle vendra très cher aux agriculteurs du monde les semences qu'elle aura préservé. De l'argent... toujours de l'argent.

Le projet semblait louable. Il apparaît toutefois que les grosses organisations ont encore trouvé le moyen de faire de l'argent. Cette fois-ci, en envisageant le pire. Un « pire » dont ils sont les premiers responsables. C'est souvent comme ça... Ceux qui sèment le vent sont les premiers à se protéger de la tempête.

* Henry Kissinger, ancien secrétaire d'État américain