Quels médias voulons-nous?

14 mai 2011. Flash info sur les ondes radio. Les journalistes n’y croient pas un seul instant tellement l’information semble tirée d’un de ces mauvais feuilletons: Dominique Strauss-Kahn (DSK) vient d’être arrêté à New York pour tentative de viol sur Nafissatou Diallo. À la télévision, on voit le patron du Fond Monétaire International (FMI) et candidat potentiel aux primaires socialistes pour les élections présidentielles françaises de 2012 entouré de policiers. Il est menotté, le regard hagard, le visage fermé et mal rasé. C’est du direct. Nous assistons à la descente aux enfers d’un homme, à la chute d’un grand de ce monde.

Les tabloïdes se régalent. Ils savent que c’est un sujet qui va se vendre. Ils vont nous faire vivre l’affaire DSK étape par étape. On se lève et on se couche avec DSK, on déjeune et on soupe avec DSK. On se met à croire qu’il est un membre de la famille. A la télé, à la radio, sur le Web, on nous plonge dans une véritable bataille juridique où tous les coups sont permis. DSK contre sa femme de chambre c’est David et Goliath remasterisé à la sauce 2.0. C’est palpitant. On en oublierait le reste du monde...

... dans lequel, au même moment, la Corne de l’Afrique est en danger. Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya, l’Ouganda, la Somalie... 12 millions de personnes sont menacées par la famine. Les conflits armés dans la région n’arrangent en rien leur sort. Est-ce que les médias parlent de «La plus sévère crise humanitaire dans le monde»tel que la décrit l’ONU? Non. L’Afrique est négligée.

Alors qu’à New-York une histoire de c... est décortiquée, étoffée et illustrée pendant des mois, en Afrique, les causes d’une tragédie sont dissimulées et désinvesties. Les médias veulent connaître la responsabilité de DSK. Le sujet mérite de l’investigation, des dossiers, des reportages, des témoignages. L’ Afrique, elle, ne bénéficie pas de tels égards. Les responsables de la famine? Les journaux évoquent le manque d’eau et les conflits dans la région. Rien sur l’incapacité de la communauté internationale de régler le conflit somalien. Encore moins sur le sous-développement économique de la région.

Le «4ème pouvoir», s’il prétend encore à ce titre, devra, lui aussi, revoir ses responsabilités. Il s’agit, notamment, d’informer sur de vrais enjeux de notre époque et d’éveiller l’esprit critique. Au XXIème siècle, il est frustrant de voir que la non-information prime sur les vraies préoccupations.

Argent, sexe et pouvoir. C’est ça, la manne à fric.