L'ennui

Personne n’a envie de s’ennuyer dit-on. Vraiment ? A l’ère du temps productif, où l’on coure de salles de sport en cours de langue, où chaque voyage ou fête est le moment de programmer le ou la suivant-e, il semble être difficile de s’ennuyer. Face à ce rythme effréné, de plus en plus de voix appellent pourtant à ralentir et donc, d’une certaine manière, à accueillir voire provoquer l’ennui.
Au 21e siècle, réfléchir à l’ennui s’apparente souvent à questionner le rapport au temps, voire au temps qui passe. D’un point de vue psychologique, il s’agirait d’un état de désintéressement des choses qui nous entourent, de démotivation voire de dépression. Il interroge aussi le sentiment de solitude.
Il y a parfois une lassitude à faire et refaire les mêmes choses, à répéter. Il est possible d’être heureux et stimulés alors que rien ne se passe. Faut-il dès lors absolument éviter l’ennui ?

Pour

Vous vous voyez répondre à la question « qu’est-ce que tu fais pour tes vacances ? » : « Ben, rien ». Avoir envie de s’ennuyer, n’est-ce pas en fait une réaction parfois saine au rythme effréné de nos sociétés ? Parmi toutes ces illusions qui nous bercent, du travail, de la richesse et des loisirs pour tous, l’ennui peut être une forme de pied-de-nez à ces chimères, un art de l’instant, du repos et de résistance à cette société qui n’accepte pas ses limites. Le temps passe, et c’est cool.

Être pour l’ennui, c’est aussi peut-être croire que de ces espaces de détente, d’accalmie, de décélération, peuvent naître des idées, des projets, des envies. Si l’enfant finit par s’ennuyer lorsqu’il n’a pas de compagnon de jeu, il arrive souvent que cet ennui laisse place à un imaginaire ou une créativité débridés. De ce point de vue, tant chez le jeune que l’adulte, je crois que l’ennui est un formateur puissant !

Contre

Quand l’ennui est là, c’est que les projets n’existent plus. Au lendemain de la disparition de l’acteur Robin Williams, certains évoquent son état de dépression*. S’ennuyait-il ? La question est sans réponse… L’époque que nous vivons est anxiogène, inquiétante, déroutante. S’il faut lutter contre l’ennui, ne s’agit-il pas d’aller vers l’Autre, de s’écouter, s’entendre, bref développer notre empathie et compassion ?

Contre l’ennui, il y a aujourd’hui tout un tas de structures qui tentent de proposer des services d’écoute (le centre de prévention au suicide, par exemple), des services de conseil (le coaching personnel par exemple), ou encore des formations de groupe autour du développement personnel notamment. Je crois que chacun d’entre nous pense connaître quelqu’un qui s’ennuie, et qu’au fond, tout le monde s’ennuie de temps en temps. Et que dans ces moment-là, nous ne sommes jamais très loin de l’apathie, ce sentiment d’indifférence. Une bonne raison de ne pas s’ennuyer, non ?