Le livre numérique

Le livre, sous sa forme traditionnelle approcherait-il de sa fin ? À l'heure actuelle, les technologies ne cessent d'évoluer et le livre n'y échappe pas. Des rouleaux aux manuscrits jusqu'au codex... le livre numérique est une nouvelle étape dans l'histoire du livre. Appelé aussi e-book, il est un fichier électronique contenant un texte sous forme numérique.

Imaginez-vous : avoir votre bibliothèque à disposition où que vous soyez, pouvoir accéder à des informations complémentaires en cliquant sur des liens hypertextes à propos de l'auteur, de l'histoire ou d'un lieu, tourner les pages à travers un écran tactile... Voilà une révolution plutôt ambitieuse dans cette nouvelle ère où la place des écrans prend une grande importance. Mais qu'en est-il alors de l'odeur des pages qui nous emmène au delà de notre imagination? Ou de leur texture? Flâner chez un libraire, n'est-ce pas un moment de plaisir? Le livre papier est-il irremplaçable ou bien les nouvelles habitudes de lecture qui accompagneront le numérique ont-elles une chance de se développer?

Pour

Louise 22ans, étudiante, elle est passionnée par la lecture et a décidé de vivre au rythme de l'évolution de sa passion.

Au premier abord, tout amoureux du livre serait contre. Mais ce qui me pousse à être pour, c'est l’impact écologique à long terme qu’il engendre, la facilité d’acquisition qu’il permet et son prix plus abordable, surtout pour les éditions dites luxueuses.

Sans être utopique (en effet la forêt amazonienne ne va pas du jour au lendemain redevenir aussi verte et fournie qu’il y a mille ans), l’arrêt de la publication en masse de livres au format papier contribuera à la protection de notre environnement. Par exemple, le distributeur Dilibel, au lieu de reclasser les livres non vendus à la Foire du Livre, préfère les envoyer au pilon ! Il y a de quoi s’inquiéter.

Outre ce point écologique, c’est la facilité d’acquisition de ces livres numériques qui est une grande avancée. En trois clics, les livres sont accessibles. Il est vrai que le contact humain reste vital et l’avis de libraires aguerris est souvent nécessaire mais pour les personnes qui n’ont pas la possibilité de se déplacer, c’est une ouverture sur la culture et une grande indépendance pour elles. De plus, pour tous les étudiants qui vivent dans des cages à poule pendant leurs années d’études, un peu de place gagnée sur la planche d’une étagère ne fait pas de mal.

Enfin, le budget lecture va être différent : pour une même somme, nous pouvons lire un plus grand nombre d’œuvres. Le prix du livre à télécharger est en effet moins coûteux puisqu’il ne demande pas autant de main-d’œuvre et de matériau que le livre papier. De plus, dans notre sac nous pouvons transporter non pas un mais plusieurs ouvrages pour quelques grammes seulement. Moi qui ai toujours vécu entourée de belles bibliothèques, je perçois les avantages du livre numérique, sans pour autant ne pas aimer de temps en temps renifler un bon vieux bouquin.

Contre

Victoire 24 ans, étudiante en master de Sciences et Technologies de l'Information et de la Communication, Victoire adore passer du temps sur un ordinateur, créer des blogs, mais le livre papier, rien ne pourra le remplacer.

Loin de moi l’idée poussiéreuse de prôner le retour des choses «à l’essentiel». Je suis une pure souche de la « génération Y », j’ai en ma possession la plupart des technologies propres à notre temps. Je tiens un blog depuis l’âge de treize ans et si l’écriture fait partie intégrante de mes journées, c’est toujours sur un écran que je couche mes mots. Oui, mais le livre numérique, c’est encore autre chose.

Charles Dantzig, dans son ouvrage «Pourquoi lire», affirme: «Un bon lecteur écrit en même temps qu’il lit. Il entoure, raie, met des appréciations dans tous les interstices laissés libres par l’imprimeur. (…) Les pages de garde et les marges sont bourrées de lignes manuscrites qui courent comme des lombrics dans tous les sens, jusque dans les marges intérieures (…). Un bon lecteur est un tatoueur. Il s’approprie, tant soit peu, le bétail des livres».
Plus que l’idée de griffonner entre les pages d’un livre, ce que je retiens ici c’est l’idée de se l’approprier. Croquer les pages, souligner les passages, sentir (pour le parfum, pour le toucher) le papier. Regarder sa bibliothèque, s’en sentir fier, classer ses livres par ordre alphabétique, par ordre de préférence, par ordre de couleur. Oui, s’approprier un livre, c’est bien de cela dont il est question. Hériter d’un livre, s’en voir offrir un autre. Sur la page de garde, parfois, un mot manuscrit à notre attention : « j’ai pensé à toi, j’espère que cela te plaira». Voilà des objets qui renferment bien d’autres histoires que celles « simplement » données à lire. Un livre à l’écran n’attend rien d’autre que d’être consommé, puis oublié. Il n’appartient à personne, et n’en a pas la volonté.