La mini-jupe

La mini-jupe fête ses 50 ans cette année. En 1961, la styliste anglaise Mary Quant dessinait ses modèles comme on prépare une révolution. L’arrivée de la jupe courte a participé à toute une série de changements sociétaux importants pour la femme: droit de vote, avortement, pilule contraceptive... La mode change, les mentalités s’adaptent...

Aujourd’hui, la jupette peut avoir une double signification. Pour certains, elle évoque l’émancipation de la femme. Pour d’autres, elle signifie que la personne qui la porte est sexuellement disponible. Dans le même ordre d’idées, la mini-jupe participe au culte de la minceur qui «enferme»le féminin dans les fantasmes masculins. La mini-jupe soulève une question essentielle: femme libérée ou femme-objet?

Vous le comprendrez, la jupe légère est lourde de signification. Il y a peu, le débat s’est invité dans les écoles françaises. Faut-il interdire la mini-jupe dans les lycées? Sans compter les pays dans lesquels elle est tout bonnement interdite.

Et toi? Pour ou contre la mini-jupe?

Pour

Céline s’intéresse à la communication, au sport, aux gens, à la cuisine, au cinéma... Elle est passionnée, féministe et libre.

Presque chaque jour je choisis de porter une jupe ou une robe courte. D’abord par facilité parce que ma morphologie me conduit à devoir raccourcir mes pantalons. Ensuite parce que je me sens à l’aise avec une robe ou une jupe. La mini-jupe? Je suis pour car elle correspond à ce que je suis: rationnelle et féministe.

Quelle image souhaites-tu donc donner de toi? - est une question essentielle dans ma décision de porter une «mini» - jupe, courte voir très courte. Les apparences sont trompeuses mais elles n’en restent pas moins le premier message transmis à l’autre. Je suis lucide sur cet aspect et cela me permet d’appréhender autrement la liberté de choisir ma tenue vestimentaire. Revendiquer ma liberté va de pair avec le fait d’assumer la responsabilité de mes actes.

«It’s a dress, not a yes !»(«C’est une robe, pas un oui !») Il s’agit du slogan utilisé par les canadiennes qui ont lancé la «marche des traînées» en réponse à la réaction d’un policier qui considérait que la tenue vestimentaire d’une fille violée pouvait la rendre responsable de son malheur. Ces propos sont scandaleux. Néanmoins, quel est le message véhiculé par une jupe qui ne laisse plus aucune place à l’imagination? Il me semble important de me respecter car personne ne peut le faire mieux que moi.

Je me désole de voir si peu de filles préférer la mini-jupe au pantalon, sachant qu’elle fut le symbole de l’émancipation féminine il y a quelques décennies. Que s’est-il passé? Le pantalon devient-il le signe d’un nouveau féminisme qui propose le libre choix de faire comme les hommes? Je ne veux pas de ce féminisme-là. Je veux accepter et revendiquer mes différences, ma liberté. Je fais de ma jupe un privilège, un atout.

Contre

Krystyna coordonne le Service Jeunes du diocèse de Namur et cherche à partager sa foi et ce qui l’habite.

La mini-jupe? La porter prouve-t-il que je m’émancipe et que je suis une femme libre? De quoi voudrais-je être libre? La seule vraie liberté que je cherche est de pouvoir aimer les autres et de me laisser aimer sans contraintes. J’ai beau chercher un autre sens à la liberté, aucun ne me convainc. Voilà déjà un vaste programme qui donne du sens à la vie.

Si je porte une mini-jupe, je dois avoir de belles jambes. Sinon, j’ai peur de ce que «les gens» vont penser. Elles doivent aussi être fermes et sveltes. Ce n’est pas le cas de la majorité des filles. Les canons esthétiques dominants ne rejoignent pas leurs jambes… Mince! Heureusement, la plupart de mes amies ne se battent pas pour mettre une mini-jupe. Ça n’empêche qu’elles sont libres et se sentent bien dans leur peau.

Et puis, si je mettais une mini-jupe, les regards se poseraient plus spontanément sur moi. Mais que veulent-ils dire? Que les passants trouvent ça joli? Si oui, est-ce que ça me suffit de savoir que j’attire par mes jambes avant toute chose? Par ailleurs, si un garçon regarde mes jambes, s’imagine ce qu’il y a en dessous de la jupe… Ais-je envie qu’il soit amené à penser à ça? Pour moi, la sexualité est le fruit de l’amour. Et si c’est une fille qui me prend pour une fille facile et superficielle? Je peux simplement me dire que je m’en fous. Mais, bizarrement, ça ne me satisfait pas. Ai-je envie de participer à la construction d’un monde où les filles se jugent entre elles?

Est-ce que je ne mérite pas mieux que de provoquer chez les autres des pensées qui ne volent pas très haut? Je suis responsable de ma dignité mais aussi de celle des autres.