Soyons tous féministes

Le 25 novembre se tenait la « Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes ». La même semaine en Espagne, un procès pour viol collectif indigne : il semble minimiser l’acte subi par la victime de 18 ans. Plus tôt, le scandale Harvey Weinstein éclate et les femmes dénoncent, via les hashtags #metoo et #balancetonporc, des cas de harcèlement sexuel. En septembre, l’entreprise Sugar Daddy est critiquée pour proposer aux étudiantes de devenir escort girl … À chaque affaire, les réactions des citoyens diffèrent, mais reste une constante: eux, ils sont innocents. Vraiment ?

 Dès la naissance, l’enfant rentre dans un moule, inhérent à son sexe et voulu par la société. La machine est bien rodée et le matraquage omniprésent. Les contes de Disney et les jouets genrés précèdent les affiliations à des clubs de football ou de danse, suivis par des manuels scolaires remplis de stéréotypes sexistes, etc. Filles comme garçons apprennent leur place et leur manière d’être en société rapidement, continuellement et durablement.

 La communauté a besoin de règles de vie. Un Homme - que dis-je, un être humain - sans repère se sent en insécurité. Les traditions sont toutefois bonnes à remettre en question, surtout lorsqu’elles conduisent à des injustices.

 "Moi, je n’ai jamais abusé d’une femme", se dit un homme. "J’ai bien éduqué mon garçon, il ne ferait jamais cela", précise une mère. Certes, oui, ils n’ont pas commis l’acte de harcèlement, de viol ou autre. Certaines expressions employées, blagues douteuses ou autres allusions contribuent néanmoins aux stéréotypes de genre. Ces éléments sortent de notre bouche ou de celle de nos comparses, mais ne sont pas dénoncés au moment opportun.

 Pourtant, ces représentations mentales et sexistes nourrissent un climat propice aux débordements voir aux délits et crimes - appelons un chat un chat - dont sont victimes les femmes régulièrement. Nous avons permis qu’elles germent dans la tête de leur auteur. Nous sommes responsables de ne pas nous êtres affirmés en tant que féministes. Femmes, comme hommes.

 Toute femme n’a pas à être féministe, et en tout cas jamais un homme ? Erreur. Si le féminisme concerne des droits pour les femmes, il vise avant tout l’égalité entre les hommes et les femmes - sans doute l’emploi d’un terme féminin, dans une langue où le masculin l’emporte, empêche de le concevoir. Ce combat nécessite non seulement le plus d’adhérents possibles, mais n’a de sens si seules les revendications des femmes sont prises en compte. Les hommes, eux aussi, doivent s’affranchir de leur carcan social.

 À l’approche des fêtes de fin d’année et des cadeaux de Noël, cette réflexion n’est pas anodine. Peut-être est-il temps de laisser cette petite fille se déguiser en preux chevalier et jouer avec la fausse boite à outils tandis que son frère prendra soin de la poupée et se maquillera. Sans doute la première sera jugée garçon manqué et le second faible. Sans doute aussi tous deux feront partie d’une nouvelle génération, qui ne connaitra ni de #balancetonporc, ni d’escort girl.