Edito

Aux Fêtes de Wallonie, les namurois chanteront d’abord « Li bia bouquet ». Il y est question d’un homme qui va se marier demain. Il est fier. Il offrira à la plus belle, le plus beau bouquet. Ailleurs, d’autres entonneront « Le chant des Wallons ». Il est là aussi question de fierté. Pour ce pays qui bien que petit se surpasse, pour ses libertés en masse, pour cette entraide dans le malheur que l’on préfère garder cachée, pour cette grandeur d’âme et la résistance face à l’adversité, « Voilà pourquoi l’on est fier d’être Wallons ! ».

L’identité, c’est cela. Des caractéristiques que l’on dit avoir en commun. C’est à la fois une description de ce qui est vécu et un projet, l’image de ce qu’on voudrait être. Un modèle. C’est parfois aussi le résultat d’une comparaison avec d’autres dont il s’agit de se différencier. Nous sommes modestes alors qu’ils sont vantards, nous sommes accueillants, a contrario de ceux qui seraient excluants. Que ce soit ce qui nous rassemble ou ce qui nous différencie d’autres, la construction de l’identité opère un choix de quelques traits particuliers parmi beaucoup d’autres. C’est pourquoi il est possible de se vêtir de plusieurs identités, wallonne, belge, francophone, européenne, occidentale … un peu comme des poupées russes.

La ligne de partage entre le « nous » et le « eux », entre ce qui nous rassemble et ce qui nous sépare est une décision. Elle n’a rien de naturelle. Ainsi, si nous faisons abstraction de la langue, il y a un sentiment de familiarité lorsqu’on se promène en Flandre, les paysages, les menus dans les restaurants, les kermesses … alors que beaucoup plus proche, à Givet par exemple, il n’est pas nécessaire de voir une pancarte pour savoir qu’on n’est plus en Belgique. L’étrangeté saute à la figure. On est ailleurs.

Dire que l’identité est une construction n’est pas une critique ni une volonté de la nier. La mondialisation et la standardisation des usages et des pensées sont stérilisantes. Au contraire construisons des identités fortes, cultivons nos différences et militons pour la diversité culturelle. C’est en effet au carrefour des cultures, là où les différences dialoguent que surgissent les innovations, s’élaborent des discours nuancés, se bâtit la résilience.

Mais conscients que l’identité est une construction, nous savons qu’il n’y a pas de hiérarchie entre les identités, nous pouvons lancer des ponts et dialoguer en choisissant de mettre en avant ce que nous avons en commun plutôt que ce qui nous distingue, nous pouvons emprunter ou offrir ce qui nous rend fort.
Alors oui, nous pouvons être fiers d’être wallons, parce qu’être wallons, c’est ce que nous en ferons.

Liens:
http://francoisdesmet.wordpress.com/2014/10/08/une-nation-nommee-narcisse/
http://phd2050.wordpress.com/2013/09/14/lhumanite-est-fondee-sur-la-reco...