Edito

On entend que les Belges ne s’intéressent plus à la crise politique qui touche le pays, tant elle traine sans fin et qu’elle semble désormais faire partie du décor entre les frites et Manneken Pis. On entend encore que le pragmatisme des belges frise l’indifférence… La manifestation du 24 janvier, baptisée « Shame », se voulait une sortie de l’apathie qui frappe les citoyens, et pas un unique sursaut médiatique. Leur but était-il de réclamer une Belgique unie ? Un gouvernement au plus vite ? De blâmer les politiques ? Ou de montrer que les belges ne s’en fichent pas? Appeler cette marche « Shame » était-il vraiment judicieux ? Un gouvernement à tout prix, plus facile à dire qu’à faire…

Il est tentant, dans une situation si complexe aux rebondissements répétitifs, de laisser les politiques se débrouiller « vu que nous on ne peut rien faire ». Et s’ils n’aboutissent à rien, c’est bien de leur faute ! Hum…sans doute pas si simple. Et nous, comment on s’y prendrait ? Quelle dure acrobatie que de jongler avec le respect de la démocratie et les souhaits de ses électeurs d’un côté, et de l’autre un idéal de pays, de solidarité que tous ne partagent plus.

Entre temps, la vie continue. On compare, d’un air rigolard, la Belgique à l’Irak, qu’elle a dépassé le 17 février dans son statut de « pays le plus longtemps sans gouvernement ». Pourtant, les affaires tournent. Le complexe système institutionnel belge, tant critiqué, permet actuellement de faire tenir l’ensemble. S’il est clair qu’un gouvernement en affaires courantes ne suffit pas pour réellement progresser, il réussit à garder un cap dans la tempête.

On peut voir la situation comme un cul-de-sac et baisser les bras. On peut aussi la voir comme un embranchement où plusieurs voies se présentent (mais aucune autoroute). Il semble nécessaire désormais d’être avant tout constructifs pour créer un nouvel ensemble qui puisse laisser à chacun sa part d’indépendance et sa part de Belgique. Lassés par le manège, on oublie en effet trop facilement que la Belgique c’est la nôtre…et que les Belges c’est nous.