Edito

Aujourd’hui, face aux problèmes de notre société, certaines chaînes de TV cherchant à tout prix à montrer des témoignages ou des opinions, convoquent de pseudo experts qui, devant des caméras et des projecteurs, expliquent, décryptent, parlent bien... Mais, au fond, ne disent rien.

«Des mots qui chantent plus qu’ils ne parlent» écrivait Paul Valéry. Des mots qui trouvent racine dans la suspicion, le doute, la peur même. Des mots volés, piégés, puisqu’ils sont là pour faire bien. Des mots qui convoquent le réalisme pour parler de choses d’un autre ordre. Des mots perdus, d’un autre âge, qui nous désorientent et nous troublent pour nous faire passer à côté de nos responsabilités, à côté de nos promesses. Des mots emprunts d’un modernisme, mais qui sont en réalité de vieux mots. Crises. Compétitivité. Sacrifices. Terrorisme. Barbarie. Des mots poussiéreux, mais qui servent encore...

Face à cela, il existe d’autres mots, une autre rhétorique, de nouvelles répliques. Et s’ils ne sont peut-être pas plus jeunes, la promesse qu’ils portent en eux, elle, est bien d’actualité. Nous devons nous réconcilier avec ces mots-là, apprendre à les réutiliser, à leur donner le sens et la place qu’ils méritent. Solidarité. Dialogue. Débat. Partage. Entraide. Fraternité. Le combat de ces mots contre ceux de la peur et de l’exclusion, c’est aussi le débat profond d’une société avec ses citoyens. De ses rêves avec ses faiblesses. De son passé avec son avenir. C’est redonner du sens, de la valeur et de l’humanité à un monde médiatisé qui demeure bien terne.

Ainsi le discours va et vient. Celui de certains Hommes politiques qui usent de la peur pour construire des murs et des barrières. Celui de groupuscules complotistes qui, puisant tous à la même source, sème le doute et le désordre pour tenter de rétablir une vérité soi-disant oubliée, cachée. Un lobbyiste du tabac lors de la controverse sur les méfaits de la cigarette en 1969 disait : « Notre fonds de commerce, c’est le doute. Parce que c’est le meilleur moyen de remettre en question les preuves ancrées dans l’esprit du grand public. Et aussi parce que du doute naît la polémique.*» Ce doute qui s’insémine dans la parole publique et sur internet convoque la peur et la suspicion.

Face à cela nous avons un devoir, une rigueur dans notre rapport aux sources journalistiques. Il ne faut pas se méfier de tout, non. Heureusement même. Il faut renouer avec les faits. Replonger dans notre histoire, recouper les informations, donner sa confiance aussi, car c’est la condition sine qua non pour ne pas vivre dans le désordre et l’instabilité. Il faut en finir avec la paresse intellectuelle qui consiste à apprécier une information parce qu’elle nous intéresse et nous plaît.

Ainsi, reprendre confiance, donner sa confiance, à des médias, à des journalistes, à des experts, à des artistes qui, avant de trouver la solution aux problèmes qu’ils énoncent, cherchent la vérité et l’équilibre par les faits. C’est de cet idéal-là dont il s’agit et qu’il appartient à chacun de nous de défendre dès maintenant !

Inspirations :
- Christiane Taubira, « Nous habitons la Terre », Editions Philippe Rey.
- Conférence de Marie Peltier, 24 janvier 2017, « L’ère du complotisme, la maladie d’une société fracturée », conférence organisée par Pax Christi.