Viv(r)e le Zéro Déchet

Depuis Béa Johnson, qui a lancé le mouvement aux États-Unis, ils sont de plus en plus nombreux à adopter la démarche Zéro Déchet en appliquant le principe des 5 R au quotidien ; refuser, recycler, et enfin composter. Dans le Bulles Vertes #54, Claire nous parlait de ses motivations à réduire ses déchets et nous vous apprenions à faire une éponge homemade, le Tawashi. Cette fois, nous allons un pas plus loin en consacrant un dossier à ce mode de consommation.

Le plastique, c’est pas automatique !

Être dans une démarche Zéro Déchet, c’est redoubler d’ingéniosité pour trouver des alternatives au plastique. Cela peut paraitre simple, et pourtant… Les plastiques en tous genres, des emballages aux objets, ont envahi notre quotidien ! Et contrairement au verre, ils ne sont pas recyclables à l’infini. Sans compter que bon nombre d’entre eux finissent dans l’environnement, contaminant ainsi la faune et la flore, engendrant une pollution sans précédent !

Nous nous mobilisons de plus en plus pour ramasser les déchets qui souillent nos rues, notre quartier, notre ville… autrement dit, pour être acteur de notre environnement proche. Mais prenons-nous la mesure de ce qui se passe à une échelle plus globale, dans nos océans, et qui nous concerne pourtant tous directement ?! Conséquence de notre surconsommation de plastiques, ce sont de véritables continents de déchets qui se sont constitués dans l’océan.

Comment expliquer cela ? C’est un phénomène météorologique, le vortex, qui en est à l’origine. Vaste tourbillon d'eau formé de plusieurs courants marins, il a pour conséquence de regrouper au même endroit les déchets, là où se rencontrent ces courants. Il existe 5 grands vortex dans nos océans : dans le Pacifique Nord, le Pacifique Sud, l'Atlantique Nord, l’Atlantique Sud et l'Océan Indien. Appelés gyres océaniques (du grec « rotation »), ils se sont aujourd’hui transformés en gigantesques poubelles à ciel ouvert.

En 2014, une vaste étude internationale a révélé que ce ne sont pas moins de 269.000 tonnes de déchets pastiques qui flottent à la surface des océans (sans compter ceux qui s’amoncèlent dans les fonds océaniques !). Ces déchets sont de toutes tailles, allant de gros débris aux micro-pastiques mesurant quelques millimètres. Ces derniers sont ingérés par la faune marine et les risques sont nombreux : occlusions intestinales, suffocations, blessures et empoisonnements sont autant de menaces qui pèsent sur les oiseaux, tortues, poissons et autres organismes marins. Ces déchets contaminent les chaines alimentaires et ainsi peuvent arriver… jusque dans notre assiette. Interpellant, non ?

Le Zéro Déchet, une démarche globale !

L’objectif n’est plus de produire toujours plus de déchets sous prétexte qu’ils sont recyclables, mais bien au contraire, d’en produire moins et de gérer autrement les déchets existants. Le Zéro Déchet, tout un état d’esprit !

Ce n’est pas simplement utiliser le moins d’emballages possibles ou recycler mieux, la démarche Zéro Déchet va beaucoup plus loin pour offrir à ses usagers un véritable mode de vie qui remonte à ses fondements : l’urgence et l’absolue nécessité d’agir pour préserver nos ressources et notre environnement. Chaque année nous consommons presque deux fois le « budget écologique annuel » de notre planète, le stock de ressources naturelles qu’elle peut produire. De la même manière, nous envoyons des centaines de millions de tonnes de déchets en décharge ou en incinérateur.

Le Zéro Déchet propose donc une nouvelle manière de vivre au quotidien : produire sobrement, optimiser et allonger l’usage.

Cela se traduit ainsi par la réduction des déchets en modifiant directement nos modes de consommation : en luttant pour supprimer petit à petit le mode de consommation industrielle qui nourrit le règne du suremballage, en réparant nos objets défaillants, en les réutilisant, en partageant et en mutualisant l’accès à des biens. Le partage est ici une des composantes essentielles. Privilégier un mode de vie plus éthique que celui du « jetable », c’est aussi réactualiser nos habitudes, en préservant la matière.

Le Zéro Déchet touche à notre manière de vivre aussi bien qu’à notre vision du monde, se réinventer chaque jour pour recycler plus et économiser mieux. Son impact est incontestable, tout de suite et maintenant, pour tout le monde, à portée de tous, jeunes et moins jeunes. N’ayons pas peur de sortir du cadre, au contraire, et construisons ensemble une nouvelle façon de vivre !

Le Zéro Déchet, un phénomène de mode ?

Les conférences de Béa Johnson, française résidant aux États-Unis et de la « famille presque Zéro Déchet » des français Bénédicte Moret et Jérémie Pichon affichent sold out. Du côté belge, la blogueuse bruxelloise Sylvie Droulans et sa famille Zéro Déchet font également parler d’eux. Réjouissons-nous que de plus en plus de citoyens s'intéressent à la problématique. Une fois pris dedans, ils réaliseront que la démarche fait également du bien.

Sur leur site internet, ils nous montrent le plaisir et les bienfaits procurés par le Zéro Déchet. Ils présentent leur quotidien, démontent les clichés et donnent des conseils pratiques. Dernièrement, Sylvie Droulans a publié plusieurs capsules vidéo. Loin de se priver ou de se contraindre, elle présente les aspects bénéfiques du nouveau mode de vie de sa famille : moins de tracas et de soumission à la société de consommation pour plus de temps et de bien-être.

Les initiatives ne proviennent pas que des consommateurs. Le magasin GraspHopper - The Refill Grocery à Ottignies-Louvain-la-Neuve peut être cité en exemple. Le jeune entrepreneur Thomas Moreau a récemment ouvert cette épicerie bio et Zéro Déchet pour répondre à la demande.

La règle des « 5 R » de Béa Johnson

Dans son ouvrage « Zéro déchet », Béa Johnson, initiatrice du concept, énonce la règle des 5 R, classés par ordre d'importance, à respecter pour réduire au maximum notre consommation de produits jetables. Un changement petit à petit est préférable à un radical. Chaque citoyen intéressé est invité à s'engager pour l'une ou l'autre démarche à sa portée, quitte à aller plus loin par la suite.

Voici donc la règle des « 5 R », classés par ordre d’importance :

1. Refuser ce dont vous n'avez pas besoin.
Refuser les articles en plastique à usage unique, les emballages non nécessaires, les gadgets et petits cadeaux gratuits, les imprimés publicitaires, les pratiques non durables...

2. Réduire ce dont vous avez besoin et ne pouvez pas refuser.
Préférer l’expérience aux biens matériels, trouver une alternative aux produits jetables, privilégier les produits vendus en vrac, éviter les pratiques poussant à la consommation, adopter l’attitude du « Fais-le toi-même » (cultiver ses propres fruits et légumes, faire ses produits d'entretien, de soin du corps et de beauté ....).

3. Réutiliser ce que vous consommez et ne pouvez ni refuser, ni réduire.
Réutiliser, avec la même finalité ou non, réparer, acheter d'occasion, faire du troc.

4. Recycler ce que vous ne pouvez ni refuser, ni réduire, ni réutiliser
Trier les déchets chez soi. Déposer dans un parc à conteneurs les matériaux spéciaux (ampoules, piles, peintures, huile...).

5. Composter le reste (« Rot » en anglais)
Composter au maximum les restes de cuisine, les déchets de jardins et plantes, les litières, les cheveux, poils et plumes...

SOURCES DU DOSSIER

- Béa Johnson, « Zéro déchet », éd ; Les Arènes, 2013, https://zerowastehome.com/
- Le site de l’épicerie à LLN : http://www.grasphopper.be/
- Le blog de la famille de B. Moret et J. Pichon: http://www.famillezerodechet.com/
- www.lemonde.fr/planete/article/2012/05/09/le-7e-continent-de-plastique-c...
- Le blog de S. Droulans : https://zerocarabistouille.be/
- http://www.zerodechet-france.com/a-propos-2/
- https://www.zerowastefrance.org/