Petits partis : hurluberlus ou précurseurs ?

Ce dossier a pour objectif de donner des clés de lecture afin de comprendre l’émergence des petits partis. Tout d’abord, une explication sur l’origine historique des groupements politiques. Ensuite, la diversité des origines et des positionnements des ces partis est abordée au travers de trois exemples.

Mais d’où viennent les petits partis ?

Les partis politiques, qu’ils soient grands ou petits, sont une réalité de la vie politique belge. Mais pourquoi ? Comment ces partis se sont-ils créés ? Tentative d’explication.

Les partis traditionnels belges, comme dans les autres démocraties occidentales, se sont constitués à partir de l’instauration de la démocratie représentative* au XIXème siècle. La société d’alors était traversée par des divisions profondes (appelées « clivages »). Les partis politiques se sont formés pour défendre une position. Quels sont les clivages? Le premier, le clivage Église-État, oppose les défenseurs de l’Église à ceux d’un État neutre et laïque. Le second, le clivage possédants-travailleurs, oppose quant à lui les bénéficiaires de l’industrialisation aux prolétaires. Le troisième oppose les défenseurs des intérêts industriels et urbains aux défenseurs des intérêts agricoles et ruraux. Enfin, le clivage centre-périphérie oppose les tenants d’un État unitaire aux tenants d’une autonomie des régions périphériques. Les partis se constituent pour défendre une position (partis cléricaux/anticléricaux, partis bourgeois/partis ouvriers, etc...). Les oppositions existent dans la société avant la création des partis: ces derniers se créent pour faire progresser leurs points de vue sur ces clivages. Le CDh, le MR, le PS sont les partis traditionnels qui sont apparus suite à ces clivages.

Cependant, de nouveaux partis apparaissent constamment. En effet, une nouvelle division est apparue dans la société: le clivage production- environnement. Faut-il privilégier la production (la croissance) ou à l’inverse protéger l’environnement? C’est pour prendre position sur ce clivage que de nouveaux partis émergent, notamment le parti Ecolo. Bien entendu, d’autres positions peuvent être défendues par ces partis, mais elles relèvent d’autres clivages.

*« Système dans lequel des représentants élus par la population élaborent
et votent les lois. »

Le Parti Pirate, c’est quoi ?

Le premier Parti Pirate a été fondé en Suède, en 2006. A l’origine, ce parti se battait principalement pour la liberté d’internet, avant d’élargir son programme à d’autres questions. Après un procès retentissant en Suède, le parti gagne son premier siège, et essaime dans toute l’Europe.

En Belgique, il faut attendre 2009 pour voir la création d’un Parti Pirate. Il se présente pour la première fois aux élections en 2010. Actuellement, 400 militants font partie du parti. Bien que national, le parti vise principalement les élections européennes. Les valeurs de ce parti : droit à la vie privée, liberté d’expression, droit d’initiative (droit de proposer des lois), isonomie (égalité politique), iségorie (égalité devant le droit de parole), non-professionnalisation (la politique est l’affaire de tous les citoyens et non de professionnels ou d’experts). C’est principalement sur des questions de démocratie que se positionne le Parti Pirate.

Pour le moment, ce sont principalement des jeunes, des bénévoles : le parti se compose essentiellement de non professionnels de la politique.

Le mouvement VEGA

Ce petit nouveau du paysage politique belge émerge de la société civile : après avoir milité au sein d’associations, ses membres ont décidé de passer en politique pour défendre leurs points de vue. Ce mouvement prend une position « rouge et verte », c’est-à-dire que «le mouvement mènera des politiques qui répondront à des objectifs concrets, de partage du travail et des richesses, d’égalité sociale, d’émancipation, de respect des libertés individuelles et de préservation des équilibres écologiques ». Au niveau de la production : « Une croissance économique aveugle est incapablede répondre aux urgences sociales et environnementales
»* . .. soit, dans le clivage production – environnement, une prise de position pour l’environnement.

*www.mouvement-vega.be/wp-content/uploads/2013/12/appel.pdf

« Debout Les Belges » : un petit parti aux relents nationalistes...

Laurent Louis, président-fondateur de « Debout Les Belges », fait parler de lui depuis quelques temps déjà, par ses discours engagés prononcés au parlement contre le gouvernement, les banques et d’autres institutions. Ce député, ancien membre du Parti Populaire, puis du Mouvement pour la Liberté et la Démocratie, considéré par de nombreux médias comme un parti d’extrême droite, gagne en popularité en dénonçant le système politique en place, qu’il considère comme profondément antidémocratique : en juin 2013, il proposait une « résolution d’urgence » relative à la révision du système électoral, ayant pour but de dissoudre les partis et d’instaurer le tirage au sort des membres du parlement. Celle-ci fut rejetée à une voix – la sienne – contre 149. Il fonde ensuite, à lui seul, le parti Debout Les Belges, ayant comme objectif principal de réunir le pays au-delà de ses différences, pour que triomphe la cause nationale.

Les propos tenus par Laurent Louis sont les typiques arguments que tiennent les populistes lorsqu’ils s’adressent à leur public, qui se résument au fameux slogan « Tous pourris ». Ces arguments nationalistes ne font que rappeler les dangers des partis se revendiquant comme étant l’anti-politique par excellence, comme bon nombre de partis d’extrême droite (comme le Front National en France, par exemple).

Ne serait-il pas logique de conclure que Debout Les Belges est un parti nationaliste et populiste, qui cache derrière ses sophismes* et ses arguments préfabriqués pour plaire à la foule des ambitions visant non pas à changer le pouvoir en place, mais à s’en emparer ?

*Un sophisme, c’est un « raisonnement vicié à la base reposant sur un jeu de mots, un argument
séduisant mais faux, destiné à induire l’interlocuteur en erreur », selon le Larousse