Les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC)

« Les NTIC représentent un tournant de notre société »

Manuela Guisset, chargée de projets multimédias chez Action Ciné Média jeunes (www.acmj.be )

Qu'implique l'immédiateté?

De plus en plus de services sont accessibles en quelques clics : envoyer une lettre, virer de l'argent, obtenir des informations... Les délais d'attente se sont vus spectaculairement raccourcis. Aussi, l'émergence des NTIC nous amène à être joignables partout et tout le temps. On est censés être tout le temps dispo.

N'y a-t-il pas d'effets pervers?

Les NTIC, une révolution?

Comme la révolution industrielle, l'émergence des nouvelles technologies d'information et de communication (NTIC) est un tournant dans la société. Mais dès lors qu'on essaye de comprendre leur impact, il faut distinguer deux publics : les « digital natives » qui ont grandi avec Internet et les générations qui les précèdent. C'est auprès de ces générations qui n'ont pas toujours grandi avec un ordinateur qu'on peut identifier deux changements importants.

Une certaine impatience caractérise les jeunes qui sont nés avec Internet. C'est devenu inimaginable d'attendre trois jours pour obtenir un document officiel par exemple. Autre exemple : l'info. L'immédiateté joue aussi un rôle considérable sur sa qualité. Souvenez-vous la tuerie de Liège au mois de décembre 2011... On trouvait sur Internet des infos non vérifiées mais pourtant publiées.

Et le respect de la vie privée?

Internet est un espace public. Il faut donc être conscient de ce qu'on partage sur la toile. On appelle l'extimité le désir de partager des aspects de soi relevant de l'intimité. C'est très courant sur les réseaux sociaux. C'est pourquoi il reste important d'éduquer les jeunes à l'utilisation de ces outils, pour qu'ils puissent gérer au mieux leur communication externe.

Les NTIC nous font-elles entrer dans l'ère de la superficialité?

Oui, c'est un risque. Sur Facebook, on remarque que les réponses à une mise à jour de statut doivent être immédiates et courtes à rédiger. D'ailleurs, c'est plus facile de répondre par un « J'aime » que de se lancer dans une longue argumentation sur le sujet mentionné. L'immédiateté nous pousse, en effet, à réagir vite et court. S'il y a un risque de superficialité sur le Net, cela ne déteint pas dans la vie réelle où les jeunes sont toujours capables d'argumenter.

Les jeunes utilisent-ils le voKbulR NTIC dans la cour d'école?

« Je surlike cette fille », « on a googlé untel»... sont des expressions que les jeunes utilisent au quotidien. C'est clairement ancré dans leur langage. D'ailleurs, si cela étonne les profs, ceux-ci sont aussi surpris de constater à quel point les jeunes maîtrisent Internet.

Propos recueillis par Matthieu Cornélis

Choisir ou subir ?

Les nouvelles technologies ont transformé notre manière d'entrer en relation avec les autres. Par exemple, grâce au téléphone, à Internet, à la voiture, nous avons l'occasion d'entrer en contact avec des gens que nous n'aurions certainement jamais fréquenté sans cela. Comme le champ géographique des personnes que l'on côtoie est beaucoup plus grand qu'avant, cela implique que l'on va beaucoup plus choisir ses relations, plutôt que de les subir comme elles s'imposent à nous.

Si tu avais envie de voir un pote avant l'apparition des voitures et des téléphones, tu n'allais pas marcher 20 km pour faire demi-tour s'il n'était pas là, du coup, tu allais plutôt chez le voisin. Par contre maintenant, tu peux vérifier s'il est chez lui et t'y rendre facilement, tu peux aller où tu veux quand tu veux, et donc choisir les gens que tu fréquentes. Tu peux même entretenir des relations à distance sans voir les personnes. Et donc, comme tu ne peux pas côtoyer la terre entière (même si tu en as l'occasion), tu choisis tes relations, en fonction de tes affinités, de tes centres d'intérêt, etc...

Il arrive donc fréquemment que l'on ne connaisse plus ses voisins alors que l'on rencontre régulièrement des gens qui habitent loin. Ce qui fait aussi que l'on côtoie beaucoup de gens qui ont tendance à nous ressembler au lieu de rencontrer quotidiennement des gens ayant des âges, des intérêts, des activités fort différentes. L'occupation de nos soirées est aussi emblématique de cette société du choix : quand la télévision est arrivée dans les foyers, il y avait une chaine, puis deux, puis trois, puis des dizaines, puis des bouquets de chaines. Enfin, les ordinateurs arrivent, on télécharge les films que l'on veut, on regarde en streaming, on chatte en même temps... Cela amène au constat que l'on a un choix qui s'élargit de plus en plus et nous met face à un panel de contenus et de possibles que l'on peut choisir à la carte.

Est-ce que cette société du choix est une opportunité ou un enfermement ? Est-ce qu'en ayant un choix quasi infini, on ne va pas choisir tout le temps la même chose, les mêmes genres de relations ? Ou, au contraire, étaient-ce les relations subies qui nous enfermaient et nous empêchaient de nous ouvrir sur la diversité ? Et si l'on choisit tout ce qu'on veut, serons nous capables de choisir des repères et des balises pour guider notre vie, ou serons nous perdus dans l'extrême abondance des possibles ? Est-ce préférable à une époque où nous avions des repères solides, mais peut-être enfermants ? Ces questions restent ouvertes, mais ce qui est certain, c'est qu'on ne peut plus faire marche arrière. Nous vivrons avec plus de liberté qu'avant, et donc plus de choix à faire qu'avant.

Siméon De Hey.

Une vie, deux époques

Sans NTIC

7h30, mon réveil sonne, une nouvelle journée comme les autres commence. Au petit déjeuner, la radio FM crachote le journal parlé puis les tubes du moment pendant que j'avale mes tartines. Sur le chemin du collège, Léonard me retrouve au coin de la rue comme convenu, Il me reparle de Sarah, la fille de la classe qu'il a dans le collimateur... c'est vrai qu'elle est mignonne. Pendant le cours de math, je fait passer entre eux les papiers de petits mots doux qu'il lui écrit. A la pause, on l'invite avec sa copine à aller se promener après l'école, rendez-vous fixé à 17h au parc. En l'attendant sur le banc, on s'imagine les combines que l'on va inventer pour essayer de les emballer. 18h30, toujours pas là, elles ne sont pas venues et nos parents nous attendent pour souper... Pas le choix, c'est rapé pour cette fois, faudra noyer son chagrin dans un bon roman ce soir, et éclaircir ça demain en classe.

AVEC NTIC

7h30 mon smartphone m'envoie ma sonnerie préférée pour me réveiller tout en douceur, une nouvelle journée comme les autres commence. Je m'enfonce les écouteurs dans les oreilles en avalant mes céréales, rien tel qu'une bonne compil' pour me donner la pêche. Dans le bus pour le collège, j'sms Léonard pour le rencarder devant la grille de l'école. C'est l'endroit idéal pour capter le Wifi du café d'à coté et chatter avec Sarah sur Facebook, car Léonard l'a dans le collimateur... c'est vrai qu'elle est mignonne. Il la sms discretos pendant le cours de math, et il convient de la retrouver avec sa copine à 17h au parc. En les attendant sur le banc, Léonard me montre des trucs pour emballer les filles qu'il a trouvé sur Youtube. 18h30, toujours personne en vue, on laisse un msg à Sarah qui ne répond pas, elle nous a posé un lapin. Mon père me sonne pour que je rentre, c'est pas aujourd'hui qu'on les verra... Le soir sur Facebook, j'en reparle avec Léonard, et Sarah nous chatte qu'elle avait la flemme de venir... Faudra qu'on éclaircisse ça demain en classe.

Siméon De Hey.