La Wallonie: mais en fait, c'est quoi?

La Wallonie, terre de culture et terre d’élevage. Quelques grandes villes dynamiques et chaleureuses où il fait bon guindailler et aussi se cultiver, un sillon Sambre et Meuse anciennement florissant et semblant maintenant décalé par rapport aux champs de grandes cultures qui l’entoure. Une Wallonie verte et bleue aux couleurs de ses forêts et de ses rivières. Une langue un peu oubliée. Façonnée par son passé… mais aussi l’avenir que nous lui réservons ! Plongez-vous dans la lecture de ce dossier pour en apprendre plus sur l’histoire, la langue (les langues ?) de la Wallonie.

La Wallonie, une jeune région en recherche d’un nouveau souffle

1830, les Belges se révoltent contre la domination hollandaise (qui n’aura duré que 15 ans) et décident leur indépendance. Ils créent un état monarchique dont la seule langue officielle est alors le français qui est le langage parlé par la bourgeoisie de l’époque. La Wallonie possède alors des mines de charbon, et met rapidement en place un chemin de fer plus efficient que celui d’Angleterre et des industries du métal et du verre qui se portent à merveille. En effet, la Wallonie est alors le 4ème producteur mondial d’acier, le 2ème producteur de charbon au monde est la 2ème puissance industrielle au monde! En 1860, la crise du charbon met à mal la Wallonie. La Flandre, qui jusqu’alors était essentiellement agricole, développe une industrie du textile ainsi qu’une industrie chimique toujours opérationnelles de nos jours. De plus, entre la création du canal Albert et le nouveau port d’Anvers tout deux construits pour l’exportation des minerais et du charbon issu de la Wallonie, la Flandre est maintenant dotée de nouvelle voies commerciales non négligeables.

C’est en 1896 que l’on entend parler de la Wallonie pour la première fois. Ce terme désigne alors la partie romane de la Belgique (c’est-à-dire parlant des dialectes d’origine latine) se distinguant de la partie germanique (parlant des dialectes flamands).

En 1930, la Belgique jusqu’alors officiellement unilingue, puis progressivement bilingue dans l’administration uniquement, décide d’un unilinguisme régional. C’est-à-dire que chaque région pourra utiliser sa langue historique autant dans l’administration que dans les écoles. Les petits flamands vont donc, enfin, pouvoir apprendre leur langue à l’école. Il est intéressant de signaler que les Flamands avaient proposé que toute la Belgique parle les deux langues et qu’elles soient toutes deux enseignées partout mais les wallons ont refusé et ont proposé cette alternative.

En 1963, la fracture se fait plus nette entre la Flandre et la Wallonie puisque c’est cette année qu’est créée la frontière linguistique. L’arrêt de l’exploitation du charbon en Wallonie en 1950 (et donc l’appauvrissement de la région) n’est sans doute pas innocent dans cette décision. De 1970 à 1993, des réformes successives de l’état mènent à un Etat Fédéral (en transférant une partie du pouvoir vers les régions et les communautés) permettant plus de flexibilité et de cohésion. Et c’est à cette même période qu’est décidée la régionalisation.

Ce n’est qu’en 1998 que la Wallonie officialisera son drapeau, son chant et son jour de fête. Depuis les années 2000, les partis nationalistes flamands montent en puissance. Une nouvelle réforme a d’ailleurs été menée, octroyant plus encore de pouvoir aux régions et communautés. Aujourd’hui, la Wallonie ne s’est toujours pas redressée de la perte de l’industrie du charbon et l’industrie de l’acier est à bout de souffle. Les rôles sont donc aujourd’hui inversés avec une Flandre économiquement forte supportant une Wallonie mal en point en proie à un chômage deux fois plus élevé qu’en Flandre.

Aprinde li walon à s’cole ? (Apprendre le wallon à l’école ?)

Jusqu’au début du 20ème siècle, le wallon regroupe un ensemble de dialectes parlés par la majorité de la population wallonne, les personnes lettrées et issues des classes supérieures préférant le français. Cette langue de source romane est une des composantes culturelles les plus intimement liées à l’identité wallonne. Quatre zones linguistiques se distinguent : l’est wallon dit le liégeois, le centre-wallon ou namurois, le sud wallon dit le wallon-lorrain et le wallon picard (ouest-wallon).

Sa disparition s’est amorcée après la première guerre mondiale alors que l’école prône l’éradication des « patois » au profit du français davantage favorable à l’ascension sociale. Ce phénomène s’amplifie après la deuxième guerre mondiale et les bouleversements sociaux qui s’ensuivent. En moins d’un siècle, la population majoritairement wallonophone devient francophone.

Aujourd’hui, cette langue régionale, à l’instar de plus de trois milles dans le monde (soit 50% des répertoriées), est en voie de disparition. Si rien n’est fait, 90% des patois disparaîtrons probablement au cours de ce siècle. Face à ce constat, l’Unesco, considérant les langues comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité, oeuvre pour la diversité linguistique via notamment, l’Atlas des langues en danger (voir plus d’info). Aucune statistique actuelle officielle n’existe mais on évalue à environ 30% les wallons pratiquant un dialecte dont 10% de jeunes. Parmi eux, certains s’investissent activement dans sa préservation via les sphères culturelles et associatives notamment à travers la bd, la littérature, la chanson, le rock, le théâtre amateur ou des cours et tables de conversation. Autre fait marquant : il existe aux Etats –Unis, une petite région du Wisconsin où l’on parle le wallon namurois en raison d’une forte émigration au XIXème siècle.

Et si certains défenseurs prônent le retour du wallon à l’école d’aucuns leur répondent que sa perte, inévitable, ne serait qu’une question de temps...

En 2013, l’ancien député wallon et bourgmestre de Blegny, Marc Bolland tentait de moderniser le cadre juridique dans lequel se développe le wallon via une proposition de décret visant une politique « d’ouverture aux langues ». Dans sa commune, des cours de wallon sont d’ailleurs dispensés dans les classes de 3e maternelle et de 1ère primaire mais force est de constater aujourd’hui que la Belgique n’a toujours pas ratifié la Charte européenne de protection des langues régionales ou minoritaires. Bref, entre la défense d’une identité à tout prix et le risque de perdre notre patrimoine culturel, nous devrons trouver un équilibre qui fera écho à nos valeurs.

A bin rade ! (A bientôt !)

MERCI à Serge Duhayon (dessinateur wallon) pour l'illustration

Pour aller plus loin avec des livres:
Guide de conversation : Wallon de poche Broché – 13 février 2004 de Guides de Poche Assimil
Ecole de Wallon – Scole di Walon Lucien Somme à Namur – cours et tables de conversation