La désobéissance non-violente, un devoir civique?

La désobéissance civile, c’est refuser de se soumettre à une forme d’autorité que l’on estime illégitime et l’assumer publiquement en espérant sensibiliser un public plus large et in fine faire évoluer la loi, dans une optique altruiste et généralement de manière non-violente. D’où cela vient-il ? Pourquoi franchir la limite de la légalité, se mettre en danger ? Peut-on résister sans désobéir ? Ce dossier t’apportera nos réponses et nous l’espérons, matière à débattre !

La désobéissance civile d’hier à demain

Si déjà dans l’antiquité des actions de désobéissance civile ont été relatées, à l’image d’Antigone bravant les lois pour donner une sépulture à son frère, ce n’est qu’en 1849 que Henry David Thoreau théorisa « The Civil Desobedience », après avoir refusé de payer une taxe de financement d’une guerre contre le Mexique. Le terme de désobéissance civile, se popularisa à partir du XXe siècle, de par les actions de deux figures politiques emblématiques, Gandhi et Martin Luther King.

Le jeune Gandhi, luttant pour les minorités indiennes, fit prêter serment à trois mille personnes de ne jamais se soumettre à « la loi noire », suite à son éjection d’un train pour motif raciste en Afrique du Sud. Cela marqua les bases du concept de satyagraha, créé par Gandhi. C’est de ce principe, une vérité inscrite dans la patience et la sympathie et non dans la violence, que naîtra l’idée d’une désobéissance inscrite dans le cadre d’une lutte collective.

Martin Luther King fit son entrée sur la scène politique en menant le boycott du bus de Montgomery. L’élément déclencheur fut l’arrestation de Rosa Parks, femme noire, ayant refusé de respecter les lois ségrégationnistes. Les actions non violentes du mouvement des droits civiques, vivement réprimées par les autorités, toucheront fortement l’opinion publique permettant à MLK d’obtenir gain de cause.

Aujourd’hui, les actions de désobéissance civile se multiplient et prennent différentes formes. De la ZAD (zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes et ses militants squatteurs qui mirent en défaut le gouvernement français menant à l’abandon d’un projet de création d’un aéroport inutile, aux actions de Ende Gelände, groupe d’action luttant contre les mines de charbon en Allemagne, nous ne sommes pas en reste d’actions menées et à mener.

Luttes non-violentes: un peu de pourquoi… et de comment!

Les raisons qui devraient nous pousser à la révolte sont nombreuses. Des dirigeants sans parole ni scrupule, aux multinationales sacrifiant les droits humains et environnementaux sur l'autel du profit des actionnaires, en passant par différentes formes de discrimination, les injustices sont légion. De plus, les puissants confrontés à leur responsabilité s'en sortent souvent à trop bon compte. Comment rester calme face à une banque qui, via un fond vautour, génère du profit en accroissant la dette d'un pays des plus pauvres ? Comment rester de marbre devant une société qui exploite les énergies fossiles, contribuant à la destruction d'écosystèmes, aux changements climatiques et ses famines, à la pollution de l'air et ses cancers... Tant de conséquences qui, elles, sont bien meurtrières. Face à toute cette violence sourde, injuste, on bouillonne. Il suffirait d'une étincelle pour qu’on explose.

Seulement voilà, répondre à la violence par la violence, non seulement c'est reproduire ce que l'on condamne mais c'est aussi mauvais sur le plan stratégique. Dans une société comme la nôtre, nous externalisons la violence en dehors de nos frontières. Nous sommes habitués à ne pas la voir et lorsqu’elle apparaît, nous la dénigrons à juste titre. L’effet pervers, c’est que le moindre petit accès de violence prendra des proportions énormes: on parlera des quelques vitres brisées lors d'une manifestation plutôt que des raisons qui ont conduit des milliers de personnes à manifester, même s'il s'agit de vies brisées. Donc même quand le recours à la violence peut sembler légitime, justifié, cela reste un mauvais choix. L'histoire l'a montré: les révoltes non-violentes rallient plus de gens à leur cause et réussissent mieux sur le long terme que les révoltes armées. C'est un fait. Alors transformons cette indignation en actions festives, drôles et colorées, à l'instar d'un feu d'artifice qui éclaire, un tant soit peu, les sombres agissements de certains. Car si la non-violence est une stratégie, l’humour est une arme redoutable!

Pour aller plus loin sur la question des luttes non-violentes et de l’humour:
“Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes” de Srdja Popovic (Editions Payot et Rivages)

La désobéissance civile non-violente dans le mouvement climatique européen

Depuis presque 40 ans, le mouvement climatique milite pour une réduction drastique du volume d’émissions de gaz à effet de serre. Les avis divergent cependant concernant les moyens d’y parvenir : certains privilégient les canaux légaux et politiques, alors que d’autres essaient d’interpeller le grand public par le biais de campagnes de sensibilisation ou par le recours à certaines actions relevant de la désobéissance civile non-violente (DCNV). Une montée en puissance Le décalage entre l’accélération rapide des changements climatiques (à travers notamment la multiplication d’événements extrêmes comme les ouragans) et l’incapacité des gouvernements à légiférer fortement pour les éviter, ont conduit le mouvement climatique à repenser ses tactiques pour faire face à l’urgence. On devine en effet une montée en puissance de la DCNV ces 10 dernières années, incarnée notamment par des sit-ins, des blocages d’infrastructure ou des manifestations illégales. Si ces formes d’actions ne sont pas nouvelles, elles ont bénéficié d’un regain de légitimité, convainquant des citoyens ordinaires de prendre des risques juridiques pour mettre en lumière l’urgence climatique. En parallèle, de nombreux militants ont décidé de boycotter l’enceinte des négociations climatiques et de concentrer leurs efforts sur des modes d’action plus directs. Bloquer les énergies fossiles en Europe En Europe, le mouvement climatique s’est essentiellement concentré sur la question épineuse des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon). Des luttes anti-gaz (contre la construction d’un gazoduc en Italie) aux luttes anti-charbon (contre l’exploitation du lignite en Allemagne) et anti-pétrole (contre l’exploration pétrolière aux larges du Portugal), des citoyens se sont élevés pour dénoncer les injustices environnementales, sociales ou sanitaires créés par ces grands projets d’exploitation d’énergie fossile. Ces mobilisations, caractérisées par un recours de plus en plus fréquent à la DCNV, suscitent en effet l’engouement car elles portent autant sur des enjeux locaux (l’augmentation de la pollution de l’air) que globaux (la lutte contre les changements climatiques).

Pour aller plus loin

• Maxine Burkett (2016), Climate Disobedience

• Guillaume Marin (2017), Les voyous de la mine : enfreindre la loi au nom du climat

• Vincent Verzat / Partager c’est sympa (2017), Le Vlog de la COP23 : Bloquer une mine

Au premier jour, il y avait déjà le boycott !

En dehors de la désobéissance civile, il existe d’autres formes de résistance non-violente. Le boycott a souvent été l’outil indispensable pour concrétiser les indignations d’un mouvement ou d’un peuple. Boycotter, c’est choisir de ne pas acheter un bien ou un service. C’est est un outil de résistance plein de potentiel, ouvert à tous, qui a été utilisé aussi bien par Gandhi ou Martin Luther King que par les salariés d’une usine Coca-Cola ou des consommateurs lambda. Environnemental, social, économique, le boycott constitue l’un des outils puissants pour s’attaquer aux divers scandales dont nous sommes témoins. Il s’appuie sur la volonté individuelle d’un citoyen indigné, qui en boycottant, rejoint le grand courant de lutte constitué par plusieurs milliers d’autres citoyens engagés. Il permet ainsi par une contestation publique d’attirer, d’une part, l’attention sur certaines entreprises ou problèmes de société et, d’autre part, par notre pouvoir d’achat de faire réagir l’entreprise en question, en cessant de consentir au scandale. Coluche disait « c’est parce que vous achetez ces produits qu’ils les vendent », en faisant baisser ainsi le chiffre d’affaire d’une société et en privilégiant une marque alternative plus respectueuse nous constituons un réel poids pour l’entreprise. Ainsi, nous pourrons citer plusieurs exemples où le boycott aura permis d’obtenir gain de cause : des salariés du géant Coca qui suite à un plan social ont boycotté la marque et ont réussi à faire baisser les ventes de 48,6 % dans leur région, la marque Triumph qui a décidé de ne plus fabriquer ses vêtements en Birmanie… Le boycott constitue ainsi un cri d’indignation, et chacun a la responsabilité de faire ou non perdurer cet écho encore longtemps pour que dans les années à venir cette grande voix ne sombre pas dans le silence des indifférences. Et pour continuer le combat : I-Boycott, la première plateforme de boycott en ligne et ça marche : https://www.i-boycott.org/

Sources :
https://www.courrierinternational.com/article/2014/06/18/le-boycott-de-c...
https://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/ESTEVES/16229*