La démocratie en question

Une représentativité au service du citoyen ou de l’économie ?

Démocratie. Actuellement, le mot a tendance à être galvaudé. Si bien qu’il a tendance à perdre de sa substance. Hors de question d’être contre la démocratie ! Sur ce point, beaucoup d’acteurs se rejoignent. Mais qu’en est-il de la démocratie dite représentative ?

Traditionnellement, on définit la démocratie comme suit : régime politique dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple. La spécificité de ce système est que les gouvernés sont en même temps les gouvernants. Toutefois, en raison de la taille et de la complexification de nos sociétés, une forme particulière de démocratie s’est mise en place : la démocratie représentative. Les lois sont proposées par le Gouvernement et votées par le Parlement dont les députés sont élus via le droit de vote accordé au citoyen.

Dans le régime représentatif, la participation des citoyens au pouvoir n’est qu’en partie vraie : les décisions politiques sont prises par une poignée d’individus se faisant élire environ tous les cinq ans. Ce système s’apparente fortement à un système aristocratique, la différence se trouve dans l’adhésion plus ou moins volontaire des citoyens à travers le système électoral. Aujourd’hui, la sphère économique domine largement la sphère publique : les lois sont favorables à la croissance économique, souvent au détriment de l’humain et de son environnement. Le TTIP-TAFTA en est un exemple. La conséquence est qu’un tel système ne reflète pas les individus qui le composent. De plus, les représentants restent soumis à de vagues contrôles et ne peuvent pas être révoqués après avoir été élus. Pour certains sociologues, la société de consommation détourne les individus de leurs intérêts politiques et sociaux, encourageant l’apathie civique chez les citoyens. Dans cette société, le rôle des individus est principalement de produire et de consommer tout en ne conservant qu’une minuscule parcelle d’autonomie qui s’illustre par un vote dans l’isoloir ou une signature en bas d’une pétition. Toutefois, certains citoyens rejettent la logique économique, décident d’investir l’espace public et de reprendre en main le débat politique.

Critiquer la démocratie, une histoire d’éducation !

« Fils de », « cumulard », « dinosaure », « baron »… L’un des principaux reproches adressés à la démocratie représentative est d’entretenir une classe de politiciens éloignés des citoyens et incapables de prendre des décisions à la hauteur des enjeux de société. Certains diront même qu’il s’agit d’une caste qui vit pour elle-même. Et si ce n’était pas la seule raison des doutes qu’ils suscitent ?

Dans un petit bouquin fort éclairant, « Deux figures de l’individualisme », le philosophe Vincent de Coorebyter met en lumière une lente évolution dans l’éducation des enfants qui amène les individus à être de plus en plus critiques à l’égard des institutions. Depuis la seconde guerre mondiale « la pédagogie n’a plus comme objectif de soumettre l’enfant à des règles, mais de soumettre des règles à l’enfant, de les lui proposer, de le conduire à y adhérer, sans le priver de son droit à la critique et à la résistance.» (1)

La conséquence de cette mise en avant de l’individu est la méfiance naturelle à l’égard de l’organisation politique de la société telle qu’elle s’impose. Des mouvements comme les Indignés ou Tout Autre Chose illustrent ce changement. S’appuyant sur des formes horizontales de gouvernance, le débat y est permanent, la ligne d’action s’écrit collectivement. « S’y engager c’est s’investir, ce n’est pas se perdre dans une institution, c’est s’investir avec toute sa singularité et se sentir co-auteur d’une aventure commune. » (2) On est loin d’une délégation de la décision à une poignée de professionnels de la politique.

(1) Vincent de Coorebyter, « Deux figures de l’individualisme », Académie Royale de Belgique, Collection « l’Académie en poche », 2015, p, 67.
(2) Idem, P 77.

Vous trouverez ici une interview de 40 minutes de Vincent de COOREBYTER sur son livre « Deux figures de l'individualisme »: https://youtu.be/EzCDZIVUQEw

(Re)Prenons le pouvoir !

Des jeunes principalement, mais aussi des vieux, des chômeurs, des activistes, des gens qui n’ont jamais milité mais qui sont profondément décidés à changer les choses... Voilà qui est Podemos. Un parti politique espagnol qui prend racine le 15 mai 2011 dans les rues de Madrid lors de manifestations. Chaque soir, lors d'assemblées, les citoyens donnent leur avis, débattent, et s'expriment, enfin ! A travers diverses actions de désobéissances civiles non violentes, ils attirent l'attention, pointant du doigt plusieurs failles de notre système.

Depuis mai 2011, le mouvement est devenu un parti politique. Résolus à ne pas s'enfermer dans leur mandat politique mais bien de rester proches du peuple, les jeunes politiciens de Podemos valorisent et mettent en place une politique à l'écoute de ses citoyens. Le parti prend la forme d'un mouvement « horizontal », sans leader à sa tête.

Podemos, c'est l'espoir et l'engagement comme clef de la réussite. Il a été élu quatrième parti national aux élections européennes de 2014. Lors des élections générales de 2015, il s'allie aux écologistes et obtiennent ensemble 46 députés sur les 69 du parlement. Ce résultat contribue à mettre fin au bipartisme qui avait rythmé la vie politique espagnole depuis la fin du franquisme.

Ainsi, parfois moqués ou dénigrés, avec leur fougue et leur rage, mais surtout avec leur optimisme, les indignés d'aujourd'hui arriveront toujours à changer les choses...

Sources :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Podemos_(parti_espagnol)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_des_Indignés
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/bipartisme/9505

La démocratie participative et ses outils

La démocratie participative n’est pas une alternative à la démocratie représentative mais, au contraire, une procédure qui lui est complémentaire. En favorisant la prise de parole citoyenne, elle incite les individus à s’assembler pour agir, en étant mieux informés. Elle réinstaure de la solidarité au sein de la société et améliore la qualité des décisions prises par les élus.

La démocratie participative peut s’exercer à différentes échelles : européenne, nationale, locale mais aussi au sein d’une organisation, et j’en passe. Voici deux outils parmi tant d’autres, visant à organiser les échanges au sein d’un panel de citoyens et qui sont plus adaptés à l’échelle locale.

Le « World Café » permet des débats par petits groupes en toute convivialité, inspirée de l’ambiance autour d’une machine à café. Les échanges se déroulent par sessions, dans un lieu organisé en tables de discussion.

La méthode des « chapeaux de Bono », elle, structure la pensée sur un sujet : ses facettes sont abordées tour à tour à travers six chapeaux de couleur différente, représentant chacun une manière de penser.

Pour en savoir plus : Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme, « Démocratie participative : guide des outils pour agir », nouvelle édition, Boulogne-Billancourt, coll. État des lieux et analyses, 2015, 56 p.