Fais pas genre!

La théorie du genre, cela ne vous a pas échappé, fait l’objet depuis quelques années de débats et de polémiques en tous genres, jeu de mot oblige ! Derrière les caricatures, les raccourcis et les rancœurs se cache un débat de société qui mérite d’être plus grand, plus digne et plus fort que les tumultes d’intérêts, de peurs et de généralités étalés dans la presse quotidienne. Car ce débat-là, c’est aussi la réflexion qu’entame une génération avec le monde et avec elle tous les questionnements et les remises en question d’un certain modèle de société.

La théorie du genre, tout un programme !

Avant de se lancer dans d’âpres débats où les mots perdent parfois leur grandeur et leur sens par confusion et raccourcis, il est important définir ces termes rentrés dans le langage commun, mais néanmoins indispensable pour lancer la discussion.

Ainsi, rappelons-nous que nous définissons « sexe » par l’ensemble des caractéristiques biologiques, héréditaires et génétiques qui organisent les individus en deux catégories : mâle et femelle.

De la même manière que le « genre » définit un concept sociologique, qui fait référence à une construction politique et sociale de la différence des sexes.

Le sexe est de nature biologique, on ne le choisit pas, et le genre est de nature identitaire, on choisit comment se représenter dans la société et comment se définir par rapport aux autres.

Le concept de genre sous-entend dès lors que le rapport entre femmes et hommes est construit par un processus au cours duquel un individu apprend à vivre en société, durant lequel il intériorise les normes et les valeurs, et par lequel il construit son identité psychologique et sociale.

Pour reprendre Simone de Beauvoir « On ne naît pas femme, on le devient ». On le devient par l’ensemble du processus de socialisation familiale, scolaire et professionnelle.

Pour avoir une vue d’ensemble de ce qu’est cette théorie, il est important de revenir à ses fondements. La théorie du genre est un concept assez moderne, et il est intéressant de retracer son histoire depuis les années 1930, lorsque l’anthropologue Margaret Mead est la première à parler de « rôle sexuel ». Elle montre que les traits de caractère comme la douceur ou la créativité ne découlent pas directement du sexe biologique, mais sont diversement construits selon les sociétés. 

En 1970, les sexologues John Money et Anke Ehrhardt reprennent cette théorie en insistant eux aussi sur la nécessité de différencier strictement le sexe anatomique et physiologiquement déterminé du genre.

De l’importance de distinguer le genre du sexe

Le “genre” c’est un rôle dicté par la société à chacun-e d’entre nous. Ces rôles parfois difficiles à endosser, subissent l’influence du regard des autres mais également de l’environnement dans lequel on évolue : politique, économique, social et religieux. Comme le soulevait déjà l’anthropologue américaine Margaret Mead : de la même manière que ce rôle abrite de nombreux préjugés, il est important de pouvoir s’en détacher pour être pleinement épanoui. Les attitudes et les comportements à avoir pour être « homme » ou « femme » sont assimilés depuis l’enfance mais ils peuvent être modifiés et cela ouvre la voie à un chantier sociétal de longue durée.
Prenons le cas de l’Allemagne qui est en passe de reconnaitre officiellement un troisième genre : « indéterminé ». Les transsexuels qui ont le sentiment d’appartenir à l’autre sexe que celui que la biologie leur a assigné sont déjà reconnus légalement en Allemagne. Ici, c’est une première étape vers la reconnaissance du statut des hermaphrodites, autrement dit le fait qu’un humain n’est pas nécessairement un homme ou une femme. Cette reconnaissance d'un troisième genre par Berlin prend appui sur une recommandation de la Cour constitutionnelle qui estime en effet que le genre ressenti et vécu est un droit humain de base.
La réalité biologique est complexe. Cette décision de la Cour constitutionnelle allemande semble accepter cette complexité. La société change et évolue en rapport avec les individus qui la constituent, la reconnaissance d’un troisième genre est une réponse à un besoin d’émancipation. Outre le fait qu’elle ouvre un nouveau droit, elle parle également du besoin de liberté d’une nouvelle génération, qui après avoir été étiquetée et élevée dans des normes sociales toujours plus fortes, dans le rose pour les filles et le bleu pour les garçons, voudrait que ce soit à nous de choisir ce qui nous correspond et sortir des stéréotypes induits par notre société. Cela témoigne d’un véritable processus d’émancipation par rapport aux normes d’autrefois, où la personnalité prévaut, et là où le bien-être s’en trouve grandit.

Des dépliants pour enfants contre les stéréotypes de genre

Sur le site de "Maman, rodarde !", les titres de deux articles attirent l’attention : l’un, "Pour que les petits garçons puissent être et aimer ce qu’ils veulent, sans qu’on les emmerde" et l’autre, équivalent pour les petites filles. Début septembre, cette mère française a mis à disposition, sur son blog des « enfants et des parents curieux", deux séries de dépliants illustrés à destination des enfants pour lutter contre les stéréotypes sexistes. Pour les filles comme pour les garçons, une douzaine de questions est abordée avec, en réponse, l’exemple de plusieurs célébrités, issues d’époques, de nationalités et de professions différentes.

La démarche est avant tout personnelle. "Depuis qu’il est tout petit, mon fils aime se vernir les ongles", explique dans un des articles la maman du garçon âgé de cinq ans. Il a néanmoins commencé à se cacher les mains de peur que les autres enfants n’acceptent de jouer avec lui. Il a aussi subi les remarques d’adolescents ou d’adultes, notamment l’éducateur de sa classe de maternelle. "Ça m’a retourné le ventre de sentir que mon fils n’osait pas laisser libre cours à ses envies ou sa personnalité à cause du regard des autres", précise la blogueuse.

Est ensuite venue l’idée des bandelettes. Les garçons peuvent-ils aimer le rose ? Oui, et une photo présente par exemple Brad Pitt, acteur, avec un t-shirt rose. Les garçons peuvent-ils pleurer ? L’enfant peut voir une photo de Barack Obama, ancien président des États-Unis, les larmes à l’œil. Quant aux filles, peuvent-elles avoir des poils ? Madonna, chanteuse, montre son aisselle non rasée. Les filles peuvent-elles ne jamais devenir mamans ? Oui, Oprah Winfrey, animatrice/productrice, n’a jamais eu d’enfant. D’autres thèmes sont concernés, tels que le maquillage et les robes pour les garçons et le football et les cheveux courts ou rasés pour les filles.

Désormais armé des dépliants, son fils peut se défendre, même lorsqu’il est seul. Pour les autres enfants, s’ils ou elles n’ont besoin d’une protection face aux stéréotypes de genre, l’outil leur inculquera au moins une ouverture d’esprit, et ce dès le plus jeune âge.

Éviter le sexisme de la langue

Notre langue reflète notre culture et la règle du français selon laquelle "le masculin l’emporte" rend invisible le genre féminin. Des alternatives voient cependant le jour. Modifier notre langage peut sembler compliqué voir superflu, mais les nouvelles habitudes s’acquièrent rapidement et le combat en vaut la peine. D’autant qu’il n’en a pas toujours été ainsi : la "règle de proximité", selon laquelle l’accord se réalise avec le genre du terme le plus proche (exemple : "des hommes et femmes intelligentes"), a été appliquée jusqu’au 18e siècle.

L’écriture inclusive regroupe l’ensemble des solutions pour mettre fin à l’universalité du masculin, et certaines s’appliquent aussi au langage oral : employer des termes épicènes, à savoir masculins ou féminins sans varier la forme (ex. : un ou une "enfant"), ou génériques, c’est-à-dire genrés, mais renvoyant à un référent non genré (ex. : "une personne") ; modifier la calligraphie pour inclure systématiquement les deux genres (ex. : écrire "étudiant-e-s" ou "il/elle") ; pour le genre d’une entité, employer celui de la majorité des membres et non le masculin dès qu’un membre est un homme.

Dans les dictionnaires de référence, certaines définitions comportent désormais les deux genres (ex. : guitariste = un ou une musicienne qui…). Les références à l’homme sont maintenant faites à l’être humain (ex. : non les Droits de l’Homme, mais les Droits humains). Les titres et les fonctions reçoivent un équivalent féminin (ex. : une présidente ou une auteure). Les expressions stéréotypées sont également à éviter. Elles créent des images mentales et sexistes (ex. : "le panier de la ménagère", "la fée du logis" et "mademoiselle" ou, à l’inverse, "chef de famille" et "agir en bon père de famille").

Quelques publications officielles :

- La troisième édition du "Guide de féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre" (2014), éditée par la Direction de la langue française de la Communauté française.

- "Égalité et diversité dans la communication de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Trucs et astuces pour les communicateur-trice-s" (2013), éditée par la Direction de l’Égalité des chances de la Communauté française.